UN MOT DE L'AUTEURE

 

La quête du sens ou la quête d’identité

 

Juger une société entière parce qu'elle cherche remède à son mal de l’âme - au-delà des remparts d'une instution religieuse et de la société de consommation, c'est l'empêcher de se rendre libre. Cette recherche est la base d'une démocratie profonde qui mène au respect des citoyens les uns envers les autres et envers leur nation.

Ainsi, tant d'un point de vue individuel que collectif, il y a une différence fondamentale entre chercher un sens à sa vie et tenter de trouver son identité. La quête du sens provient d’un vide intérieur que l’on voudrait combler par un support extérieur à soi. Cette quête du sens fait de l’être un consommateur qui achètera sans discernement tout ce qui semble le sortir, comme par magie, de l’impression d’une condition misérable ou du sentiment d’être inutile. La quête du sens est l’appât de la société de consommation qui peut fournir une panoplie de réponses toutes faites : religions, sectes, croyances magiques, boule de cristal, anges, mais aussi loterie, emploi garanti, tout pour vendre une fausse sécurité. Toute personne qui cherche à l’extérieur d’elle-même trouvera sur son chemin des vendeurs de rêve. Le domaine spirituel est comparable, dans ce contexte, à celui de l’automobile. Personne n’est à blâmer, que le consommateur non avisé qui consent à se faire offrir sur un plateau ce qu’il n’a pas le courage de découvrir par lui-même. Mais pourquoi demeure-t-il si peu averti ? Parce qu’il ne sait pas que ce qu’il cherche en réalité, c’est son identité. Et la société l’encourage à croire qu’il a besoin d’un sauveur qui donnera un sens à sa vie et chassera sans efforts son angoisse de vivre (des pilules pour la douleur du corps et de l’âme, du divertissement encourageant les limitations de l’esprit).

En revanche, la quête de l’identité relève du sentiment troublant que tout mystère peut être démasqué. Cette recherche de l’identité mène à la responsabilité de son être, au désir de devenir un citoyen respectable et respectueux de la société. Or pour trouver son identité, il faut momentanément se détacher du reste du monde, et confronter le visage invisible de la vie. Qu’y trouve-t-on habituellement, au début ? De la peur et du doute, base de la souffrance psychologique.

Il est impossible de se connaître en tant qu’individu sans explorer les parties invisibles de soi. La recherche de l’identité, tout comme les domaines scientifiques, exige d’observer, d’explorer, de tâtonner, d’expérimenter dans le temps pour comprendre. C’est pourquoi il importe de laissez les gens se débrouiller tranquille dans leur conscience afin qu’ils saisissent de leur propre chef où se trouve leur chemin. Chacun étant son propre observateur, condamner la recherche spirituelle actuelle relève d’une déviation de ses propres craintes et refuser le tâtonnement spirituel de chaque individu tend à garder l’humanité dans l’ignorance d’elle-même. Est-ce qu’on empêche les gens d’acheter des voitures parce qu’elles polluent ou qu’elles peuvent tuer ? La «rage au volant», par exemple, vient surtout du fait que le conducteur est un consommateur avant d’être un citoyen. La «rage spirituelle» provient de la même désolation d’avoir engendré des consommateurs sans avoir formé leur conscience. Ce n’est pas le nouvel âge ni le bouddhisme qui sont condamnables mais le fait que le marché de consommation achète les âmes au lieu de les faire grandir. Et cela, comme dans tout achat, c’est au consommateur de s’en apercevoir.

Ainsi, l’être en quête de son identité finira par comprendre que les réponses sont en lui et non dans le marché. Il est donc intéressant d’observer que les gens «achètent à la carte» des croyances diverses qui leur permettront justement d’expérimenter certains principes, jusqu'à ce qu’un jour, ils puissent s’affranchir de ces croyances pour rencontrer la plénitude de leur vie, seuls dans leur conscience. C’est alors que commencera la véritable rencontre avec l’identité. Et dans ce parcours, il y a «beaucoup d’appelés mais peu d’élus». Pourquoi ? Parce que pour juger par vous seul de ce qui est vous et de ce qui ne l’est pas, sans l’appui d’une institution, d’un gourou ou de l’opinion de masse, il faut vraiment garder le cap à l’intérieur de soi et trancher la gorge du doute et de la peur. La société de consommation racole l’être au moment où sa conscience le confronte le plus à une vision puissante de lui-même. En cet instant périlleux où le génie et la folie se côtoient de si près, l’individu se trouve à la jonction qui lui rendra la totalité de son identité. Arrive alors la société de consommation pour le sortir de ce carrefour identitaire fondamental et le faire succomber encore une fois aux délices de l’ignorance et de la négation de lui-même ; elle lui offre de donner un nouveau sens à sa vie immédiatement ! C’est une épreuve torturante. Pourquoi ? Parce qu’une conscience plus avisée ne vous fait pas nécessairement paraître plus brillant, alors qu’un poste clé dans une grosse entreprise ...

Toutes les expériences du Soi ne rendent l’être ni meilleur ni pire, mais simplement et finalement lui-même. Retrouver son identité met fin à la souffrance psychologique, ce mal de l’âme dont la société de consommation ne veut pas vous sortir pour perpétuer l’économie de marché. Etudier son identité est l’affaire de toute une vie. Il n’y a rien de magique au contraire, c’est plutôt exigeant. C’est bien cela qui déplaît aux consommateurs que nous sommes. Car le propre d’une société de consommation est de vouloir tout atteindre rapidement et de n’être pas détaché des résultats. Pourtant, il est impossible de trouver son identité si on s’attache aux résultats. Transposer cet attachement à la spiritualité mène à une croyance magique, sans profondeur et sans signification réelle pour l’être. La question que je nous propose serait : Pourquoi les consommateurs que nous sommes ont tant de peine à devenir des citoyens avisés ?

Sylvie
mai 2000

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